Kinshasa, 21 mars 2026: Alors que les provinces de l’Est continuent de payer le prix fort de l’insécurité et du sous-investissement chronique, un nouveau rapport du Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) alerte sur une dérive majeure des finances publiques nationales: la masse salariale des agents de l’État a explosé, passant de 2,75 milliards de dollars américains en 2021 à 4,58 milliards USD en 2025, soit une hausse d’environ 40 % en seulement cinq ans. Selon le document publié le 20 mars 2026, les dépenses réelles ont systématiquement dépassé les prévisions budgétaires, accumulant un écart cumulé de près de 2 milliards USD sur la période sans justifications claires et transparentes. Pour l’année 2026, les projections atteignent déjà 5,4 milliards USD, ce qui représenterait environ 43 % des recettes internes de l’État, un niveau jugé insoutenable par plusieurs observateurs.
Cette flambée intervient dans un contexte où le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà, dès janvier 2026, classé la masse salariale parmi les « risques budgétaires majeurs » pour la RDC. Elle absorbe une part croissante des ressources qui pourraient pourtant être dirigées vers la reconstruction des routes, la sécurisation des zones sous pression des groupes armés, ou le paiement régulier des enseignants et médecins dans les provinces oubliées comme le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Le CREFDL pointe plusieurs facteurs: création massive de nouvelles entités administratives depuis 2019, intégrations irrégulières d’agents, absence de maîtrise des effectifs réels et opacité persistante dans les rapports budgétaires. Des audits successifs, y compris ceux ordonnés sous la présidence Tshisekedi, n’ont pour l’instant pas enrayé le phénomène. Le chef de l’État a d’ailleurs annoncé en février dernier un nouvel audit complet du fichier de la paie, mais plusieurs voix, dont celle du CREFDL lui-même, doutent de son efficacité réelle sans une mise en œuvre ferme des recommandations antérieures de l’Inspection générale des finances (IGF). Les salaires des enseignants et agents de santé sont payés avec des mois de retard.
Entre 2021 et 2025, ce sont près de 19 milliards USD qui ont été déboursés au total pour les salaires des fonctionnaires une somme colossale qui contraste avec le sous-financement criant des secteurs prioritaires dans les provinces affectées par la guerre.
La rédaction reste attentive aux suites données à cet audit annoncé et aux mesures concrètes qui devront enfin ramener de la discipline dans la gestion de la masse salariale. Car chaque dollar détourné ou mal utilisé à Kinshasa, c’est un soldat, un enseignant ou un centre de santé en moins dans le Kivu.
Sources: Rapport CREFDL mars 2026, déclarations FMI