Par Kivu24 | 9 avril 2026.
Alors que les pourparlers de paix entre le gouvernement de Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) sont programmés pour reprendre lundi 13 avril 2026 en Suisse, un obstacle majeur persiste: les mandats d’arrêt émis par les autorités congolaises contre plusieurs dirigeants du mouvement rebelle. Selon des informations concordantes, dont celles rapportées par RFI, une série de rencontres est prévue du 13 au 17 avril en Suisse (probablement Genève), sous médiation qatarie et avec un soutien actif des États-Unis. L’ordre du jour porte sur la relance des discussions directes et l’évaluation de la mise en œuvre des deux protocoles déjà signés: le cessez-le-feu et l’échange de prisonniers. Un geste unilatéral qui n’a pas encore porté ses fruits. L’AFC/M23 a franchi un pas significatif en mars 2026 en libérant plus de 5 000 soldats des Forces armées de la RDC (FARDC) capturés lors des combats. Ces prisonniers ont été remis au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Rumangabo, dans le Nord-Kivu. Pourtant, près d’un mois plus tard, leur transfert effectif vers Kinshasa reste bloqué, alimentant les accusations mutuelles de mauvaise foi. Pour l’AFC/M23, cette libération constituait une mesure de confiance majeure. Pour Kinshasa, le dossier des prisonniers reste incomplet et sujet à négociation. Les mandats d’arrêt: un verrou juridique et diplomatiqueLe principal écueil pour la tenue effective des négociations en Suisse concerne les mandats d’arrêt nationaux (et parfois internationaux) lancés par Kinshasa contre les principaux leaders de l’AFC/M23, dont:
- Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC ;
- Sultani Makenga, chef militaire du M23 ;
- Bertrand Bisimwa et d’autres cadres.
Ces dirigeants ont été condamnés par contumace par la justice militaire congolaise pour insurrection, trahison et, dans certains cas, crimes de guerre. Kinshasa avait même mis à prix la tête de certains d’entre eux (jusqu’à plusieurs millions de dollars de récompense). En Europe, et particulièrement en Suisse, pays respectueux du droit international et des mandats judiciaires, ces poursuites posent un problème concret: les représentants de l’AFC/M23 ne disposent généralement pas de passeports valides reconnus, et leur entrée sur le territoire risque d’être bloquée ou de mener à une arrestation. Lors des rounds précédents à Doha, le Qatar fournissait une facilitation logistique et une forme de sauf-conduit temporaire. Sur le sol européen, cette souplesse sera plus difficile à obtenir. Des obstacles techniques et politiques à lever rapidement. Selon des sources diplomatiques, plusieurs conditions doivent encore être remplies pour que la délégation de l’AFC/M23 puisse se rendre physiquement en Suisse:
- Obtention de documents de voyage valables ou d’une exemption temporaire.
- Négociation d’une immunité diplomatique ou d’un sauf-conduit pour la durée des pourparlers (pratique courante dans les processus de paix).
- Accord sur le format de la délégation (certains leaders pourraient être remplacés par des cadres de second rang moins exposés aux mandats).
Sans ces arrangements, les négociations risquent d’être reportées ou de se limiter à des discussions indirectes via les médiateurs. Un contexte de méfiance persistante. Au-delà des questions juridiques, les tensions restent vives sur le terrain. Des accusations de violations du cessez-le-feu continuent d’être échangées. Pour beaucoup d’observateurs, ce round en Suisse constitue un test décisif: pourra-t-on transformer des protocoles signés sur papier en avancées concrètes, ou assistera-t-on à un nouveau report dans un processus déjà long et fragile? La Suisse, traditionnellement terre de médiation neutre (comme pour de nombreux conflits africains), se retrouve ainsi au centre d’un dilemme diplomatique: concilier son attachement à l’État de droit avec la nécessité pragmatique de faire avancer la paix dans l’Est de la RDC.
Kivu24 suivra de près l’évolution de ce dossier dans les prochains jours. La tenue effective des négociations du 13 avril dépendra en grande partie de la capacité des médiateurs (Qatar et États-Unis) à lever ces obstacles juridiques et logistiques dans un délai très court.