La pollution plastique envahit le lac Kivu : une bombe à retardement pour les pêcheurs et les populations riveraines.

Le lac Kivu partagé entre la RDC et le Rwanda, est en train de suffoquer sous les tonnes de déchets plastiques. Bouteilles, sacs, emballages… ces déchets envahissent les eaux, menacent la faune aquatique et mettent en péril la vie de milliers de familles qui dépendent de la pêche pour survivre. Du côté congolais, à Goma, Bukavu ou Idjwi, les pêcheurs constatent chaque jour la dégradation: filets encombrés de plastiques, poissons qui diminuent, eaux troubles qui rendent la pêche plus dangereuse et moins rentable. À Bukavu, au port Emmanuel, les tas de déchets plastiques s’accumulent jour après jour, étouffant la flore et la faune aquatiques. Les microplastiques s’infiltrent dans la chaîne alimentaire, risquant de contaminer le poisson que consomment les communautés riveraines, une menace silencieuse pour la santé publique. Les pluies diluviennes aggravent le problème: les rivières charrient les ordures des villes vers le lac, et le barrage de la Ruzizi, qui alimente en électricité la RDC, le Rwanda et le Burundi, se bouche régulièrement avec ces déchets, menaçant même la production d’énergie.Pendant ce temps, de l’autre côté de la frontière, le Rwanda applique depuis 2008 une interdiction stricte des sacs plastiques à usage unique, étendue en 2019 à de nombreux produits plastiques jetables. Cette mesure, l’une des plus rigoureuses au monde, est fermement appliquée: confiscation à l’aéroport, amendes sévères, campagnes de sensibilisation… Résultat ? Les rues et les rives rwandaises restent nettement plus propres, et le lac Kivu côté rwandaise subit moins de pollution locale directe. Mais le lac ne connaît pas de frontières. Les déchets circulent avec les courants, et la pollution congolaise finit par affecter tout le monde. Pourquoi cette différence flagrante entre les deux rives? Manque de moyens, insécurité, absence de gestion des déchets structurée… en RDC, les initiatives locales existent (nettoyages communautaires par les jeunes, collectes par des ONG), mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.Le lac Kivu n’est pas seulement une ressource: c’est une question de survie pour des centaines de milliers de Kivutiens. Sans une action urgente et coordonnée, renforcement des collectes, sensibilisation massive, coopération transfrontalière renforcée et peut-être une extension des mesures rwandaises, cette bombe à retardement continuera de tic-tac. Les pêcheurs le disent : «Si on ne sauve pas le lac aujourd’hui, demain il n’y aura plus rien à pêcher.» Il est temps que les autorités des deux côtés, les communautés et les partenaires internationaux agissent ensemble. Le Kivu mérite mieux que de devenir une poubelle flottante.

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