L’aéroport international de Faro, au Portugal, ne veut plus voir traîner ce vestige d’un autre temps. ANA – Aeroportos de Portugal, le gestionnaire des aéroports portugais, a officiellement donné 60 jours à Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre de la RDC chargé des Transports et des Voies de communication, pour retirer son Boeing 727-100 (immatriculation 9Q-CMC) immobilisé sur le tarmac depuis avril 2007. Construit en 1965 et ayant volé autrefois pour Lufthansa, l’appareil a atterri à Faro dans un contexte judiciaire lourd: il a été saisi à la demande du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre des poursuites pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité visant Jean-Pierre Bemba à l’époque. Arrêté en 2008 en Belgique, l’ancien vice-président et leader du MLC a passé près de dix ans en détention avant son acquittement en appel en 2018. Libéré, il est rentré en RDC où il occupe depuis 2023 un poste gouvernemental clé. Malgré l’issue judiciaire favorable, l’avion n’a jamais bougé. Les frais de stationnement et de gardiennage accumulés depuis 19 ans atteignent plusieurs millions d’euros selon plusieurs sources. Le nouvel ultimatum s’appuie sur le décret-loi portugais n° 57/2025, qui renforce les pouvoirs des exploitants aéroportuaires face aux aéronefs abandonnés: passé le délai de 60 jours, l’appareil pourra être déclaré officiellement abandonné et transféré à la propriété de l’État portugais, qui pourra alors le démanteler ou le vendre pour récupérer une partie des créances. L’affaire, relayée ces derniers jours par les médias portugais (notamment ECO et ch-aviation) et plusieurs comptes sur les réseaux sociaux congolais, ravive les débats sur la gestion des biens saisis par la CPI et sur les symboles encombrants du passé politique de certains dirigeants actuels. Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a filtré du côté de Kinshasa ni du cabinet de Jean-Pierre Bemba. Reste à savoir si l’avion reprendra un jour les airs… ou s’il finira en pièces détachées sous le soleil de l’Algarve.