Uvira, 3 mai 2026.
La décision du Président Félix Tshisekedi de nommer le Colonel Aaron Nyamushebwa, officier d’origine munyamulenge, aux opérations et au renseignement au sein de la 33e région militaire basée à Uvira, provoque une vive polémique dans le Sud-Kivu. Cette nomination intervient dans un contexte d’insécurité chronique marqué par des affrontements récurrents entre les FARDC, les milices Wazalendo et les groupes d’autodéfense locaux. Les Wazalendo contestent fermement cette décision, comme ils l’avaient fait précédemment pour d’autres officiers. Des sources locales rapportent des tensions palpables à Uvira, avec des tirs isolés et des menaces de blocage des axes d’accès, notamment vers Kavimvira. Beaucoup au sein de ces milices perçoivent le colonel Nyamushebwa comme un « étranger » en raison de son appartenance communautaire, malgré son parcours au sein des forces armées congolaises. Cette opposition révèle la persistance de discours de haine et de rejet à l’égard des Banyamulenge dans la région.
Après les manifestations des Banyamulenge.
Cette mesure survient peu après d’importantes manifestations organisées par la communauté Banyamulenge, tant dans la diaspora qu’à l’étranger, dénonçant ce qu’ils qualifient de persécution systématique et de « génocide » dans les hauts plateaux de Minembwe. Les protestataires pointent du doigt les bombardements répétés, les destructions de villages, le pillage du bétail et les restrictions humanitaires.
Dans les zones de Gakenke, Mikenke, Rugezi, Kalingi et d’autres localités, des frappes de drones attribuées aux FARDC ont été signalées ces dernières semaines, causant des victimes civiles et des déplacements massifs. Ces opérations visent officiellement les positions des Twirwaneho, groupe d’autodéfense majoritairement banyamulenge actif dans la région et allié au M23/AFC. Des forces burundaises sont également impliquées aux côtés des FARDC et Wazalendo, ajoutant une couche régionale au conflit.
Une stratégie risquée ?
En nommant un officier issu de la communauté directement concernée, Kinshasa tente-t-elle de démontrer que les opérations militaires sont conduites de manière « interne » et non ciblées ethniquement? Ou s’agit-il d’une manœuvre qui risque d’exposer davantage l’officier tout en radicalisant les opposants locaux? Les analystes locaux soulignent que cette approche rappelle des tentatives passées d’intégration d’officiers banyamulenge pour légitimer des opérations ou apaiser les tensions.
Cependant, dans un climat marqué par une forte polarisation, elle pourrait au contraire aggraver les divisions. L’insécurité persiste à Uvira même après les évolutions liées au M23, avec des échanges de tirs quotidiens et une méfiance généralisée entre communautés.
Un conflit aux multiples dimensions.
Le Sud-Kivu concentre plusieurs strates de violence: rivalités locales autour des terres et des ressources, faiblesse de l’autorité étatique, instrumentalisation des milices et enjeux géopolitiques régionaux impliquant notamment le Burundi et les accusations croisées avec le Rwanda. Les Banyamulenge se retrouvent souvent pris en étau, accusés d’allégeance extérieure tout en faisant face à une vulnérabilité réelle. Les populations civiles paient le lourd tribut de ces affrontements, avec des déplacements répétés et une crise humanitaire persistante.
En conclusion, la nomination du Colonel Nyamushebwa risque d’alimenter davantage les tensions à court terme si elle n’est pas accompagnée d’une communication apaisante et d’un contrôle strict des acteurs armés. Une paix durable dans le Sud-Kivu exige un dialogue intercommunautaire sincère, la régulation des milices, le respect du droit international humanitaire et une implication constructive des acteurs régionaux.
Kivu24.com continuera de suivre l’évolution de cette situation sensible qui pourrait, une fois de plus, embraser la région si aucune mesure de désescalade n’est prise rapidement.
La Rédaction