AFC/M23-Kinshasa: le délai de libération des prisonniers expiré. Montreux en échec?

L’accord conclu à Montreux en Suisse entre le gouvernement de la RDC et l’AFC/M23 prévoyait la libération de prisonniers dans un délai de 10 jours. Ce délai a expiré hier, le 27 avril 2026, sans qu’aucune libération significative n’ait été annoncée par Kinshasa. Selon le communiqué conjoint, Kinshasa s’était engagée à libérer 311 prisonniers liés à l’AFC/M23, tandis que la rébellion devait libérer 166 prisonniers détenus de son côté, soit un total de 477 personnes dans le cadre de ce geste de renforcement de la confiance. Le silence persistant des autorités congolaises sur ce dossier, au lendemain de l’expiration du délai, renforce la méfiance entre les deux parties et jette déjà un doute sur la mise en œuvre effective de l’accord.

Tshisekedi a-t-il réellement intérêt à mettre fin à la guerre à l’Est? Cette nouvelle impasse survient dans un contexte politique délicat à Kinshasa. Alors que l’Union Sacrée poursuit les consultations nationales en vue d’une possible révision de la Constitution, la question se pose avec force: le président Félix Tshisekedi a-t-il un intérêt véritable à voir la guerre dans l’Est s’achever rapidement ? D’un côté, une paix stable et durable renforcerait sa légitimité interne, améliorerait son image sur la scène internationale et permettrait de relancer l’économie des provinces orientales. De l’autre, le maintien d’une tension contrôlée à l’Est présente des avantages politiques non négligeables. Il permet de préserver un climat d’urgence nationale, de mobiliser l’opinion autour du discours d’agression extérieure et de justifier d’importantes dépenses militaires. Ce contexte pourrait également faciliter le débat sur une éventuelle prolongation du mandat présidentiel, en invoquant la nécessité d’une stabilité institutionnelle face à la crise sécuritaire persistante. Une paix réelle et équilibrée exigerait cependant des compromis importants: intégration politique et militaire des cadres de l’AFC/M23, réforme de la gouvernance locale au Kivu et un règlement durable des tensions avec le Rwanda. Des concessions qui pourraient être mal perçues par la base nationaliste du pouvoir.

Conclusion: L’accord de Montreux risque de s’ajouter à la longue liste des initiatives de paix signées avec beaucoup d’écho mais faiblement appliquées sur le terrain. Sans gestes concrets et rapides concernant la libération des prisonniers, il sera difficile de croire en une volonté sincère de désescalade de la part de Kinshasa.

les populations civiles du Nord et du Sud-Kivu demeurent les premières victimes de ces blocages politiques répétés. La balle est désormais dans le camp du gouvernement pour démontrer, par des actes, son engagement réel en faveur de la paix.

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