La manifestation pacifique qui s’est déroulée ce lundi 20 avril 2026 à Washington DC, organisée par la Mahoro Peace Association (MPA) et ses partenaires d’Isôko USA, a mis en lumière une crise humanitaire et sécuritaire souvent reléguée aux marges de l’actualité internationale: la persécution systématique des communautés Banyamulenge et Tutsi dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, notamment à Minembwe et ses environs. Des centaines de manifestants, issus de la diaspora congolaise tutsi et banyamulenge venue de tous les États-Unis, ont défilé avec ordre et discipline, portant des drapeaux de la RDC et des pancartes dénonçant les tueries, les blocus, les frappes de drones et les conditions de vie qui évoquent, selon eux, un génocide en gestation. Ce qui a frappé les observateurs présents, c’est le haut niveau de professionnalisme et d’organisation de cette mobilisation. Les participants étaient bien structurés: des équipes médicales qualifiées étaient déployées sur le parcours avec des first aid kits et du matériel d’urgence pour assurer la sécurité et le bien-être de tous.
Parmi les figures associées à la Mahoro Peace Association qui sont aujourd’hui actives au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) ou de ses structures apparentées figurent notamment le Dr Freddy Kaniki, l’ingénieur Salomon Gitambara Mugirakamaro, Me Jean-Paul Shyaka et Noella Muhamiriza. Ces membres, engagés de longue date dans la défense des droits des communautés marginalisées de l’Est, illustrent la continuité entre l’action associative humanitaire et une posture politique plus affirmée face à ce qu’ils décrivent comme une politique d’exclusion et d’élimination orchestrée depuis Kinshasa.
Les raisons de la mobilisation
Les organisateurs dénoncent une campagne coordonnée de violence impliquant l’armée congolaise (FARDC), des milices Wazalendo, des éléments burundais (FDNB) et surtout les FDLR, ces ex-génocidaires hutu rwandais implantés depuis 1994 dans l’Est de la RDC.
Les griefs concrets incluent :
- Des frappes indiscriminées de drones sur des villages, des habitations et du bétail, principal moyen de subsistance des éleveurs banyamulenge.
- Des blocus prolongés empêchant l’accès à la nourriture, aux médicaments et aux marchés, créant des situations de famine et de crise sanitaire.
- Des enlèvements massifs, notamment dans le groupement de Bijombo (Uvira), touchant femmes, enfants et personnes âgées.
- Des coupures d’internet et un black-out informationnel destiné à masquer l’ampleur des exactions.
Pour la diaspora, ces actes ne relèvent pas d’un simple conflit armé « classique » mais d’une stratégie d’épuration ethnique visant à dépeupler les Hauts Plateaux de leurs habitants tutsi.
Discours de haine en toute impunité.
Cette violence s’accompagne d’un flot continu de rhétorique haineuse émanant de responsables politiques, de médias proches du pouvoir et d’influenceurs à Kinshasa qualifiés régulièrement d’« étrangers », de « Rwandais » ou de « traîtres ». Des discours publics ont assimilé toute la communauté à une menace existentielle, reprenant des tropes classiques d’invasion ou de complot. Des vidéos compilées par des activistes des droits humains montrent des officiers, des députés et des animateurs de médias d’État employer un langage déshumanisant (« cafards », « serpents », appels à « nettoyer »). Des rapports d’experts, dont ceux de l’ONU et de Genocide Watch, ont documenté depuis plusieurs années ce phénomène. Ces paroles, diffusées sans réelle sanction, créent un climat propice à la violence de masse, rappelant les mécanismes qui ont précédé le génocide de 1994 au Rwanda. Des observateurs y voient les signes avant-coureurs d’un « génocide en gestation », avec des phases d’identification, de stigmatisation et d’extermination déjà engagées.
Le soutien de Kinshasa aux FDLR: un choix stratégique? L’analyse des dynamiques sécuritaires révèle une collusion préoccupante entre les autorités congolaises et les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Fondée par d’anciens responsables du génocide de 1994, cette milice est régulièrement citée par des rapports d’experts de l’ONU comme un allié de facto des FARDC dans la lutte contre les groupes rebelles (notamment le M23). Au lieu de procéder à son désarmement et à son rapatriement, Kinshasa l’intègre parfois dans ses opérations, lui fournissant logistique, munitions et couverture politique. Ce soutien n’est pas anecdotique: il s’inscrit dans une logique de « l’ennemi de mon ennemi ». En maintenant les FDLR comme force de frappe contre les communautés tutsi congolaises et comme menace potentielle contre Kigali, le régime Tshisekedi instrumentalise le contentieux historique rwandais pour consolider son pouvoir intérieur et justifier une posture victimaire sur la scène internationale.
La réception de Jean-Luc Habyarimana: un signal fortLe rapprochement avec Jean-Luc Habyarimana, fils de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana (dont le régime a planifié et exécuté le génocide contre les Tutsi), constitue un autre élément révélateur. Des sources concordantes rapportent que Tshisekedi a reçu ou entretenu des contacts avec ce dernier et avec des réseaux de la famille Habyarimana basés en France. Ces échanges s’inscrivent dans une tentative plus large de construire une coalition anti-rwandaise, associant Kinshasa à des acteurs porteurs d’une idéologie génocidaire historique. Le message envoyé est clair: le pouvoir congolais choisit ses alliés parmi ceux qui partagent une hostilité viscérale envers les Tutsi, qu’ils soient rwandais ou congolais.
Washington, médiateur ambigu? Face à cette escalade, les États-Unis, qui se positionnent comme médiateurs via les accords de Washington (incluant le « Critical Minerals for Security and Peace Deal »), semblent adopter une posture prudente, voire complaisante envers Kinshasa. En échange d’un accès privilégié aux richesses minières de l’Est (cobalt, coltan, cuivre, terres rares), Tshisekedi a promis aux entreprises américaines des facilités fiscales et réglementaires exceptionnelles, allant jusqu’à envisager des réformes constitutionnelles. Ce deal intervient alors que le président congolais prépare ouvertement une modification de la Constitution pour briguer un troisième mandat, contournant ainsi la limite actuelle de deux mandats. Washington, soucieux de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement face à la concurrence chinoise, semble prêt à fermer les yeux sur les dérives autoritaires et les exactions ethniques en cours, tant que l’accès aux minerais reste garanti. Cette realpolitik risque de donner un blanc-seing à Kinshasa, encourageant l’impunité et retardant toute pression réelle pour la protection des civils banyamulenge et tutsi.
Conclusion : urgence d’une prise de conscience internationaleLa manifestation du 20 avril à Washington n’est pas un cri isolé. Elle reflète une exaspération croissante face à une crise qui combine nettoyage ethnique, instrumentalisation des génocidaires de 1994 et marchandage géopolitique sur fond de ressources stratégiques. Tant que Kinshasa continuera à soutenir les FDLR, à tolérer ou encourager la haine anti-tutsi et à miser sur les minerais pour acheter le silence international, le risque d’un basculement vers des massacres de plus grande ampleur restera élevé.
Les États-Unis et la communauté internationale ont ici un choix: privilégier les contrats miniers et la stabilité apparente d’un régime autoritaire, ou exiger le désarmement effectif des FDLR, la fin des discours de haine et la protection réelle des minorités congolaises. L’histoire récente du Rwanda rappelle que l’inaction face aux signaux précoces d’un génocide a un coût humain inacceptable.
À Washington, ce 20 avril, la diaspora banyamulenge a simplement demandé que l’on ne répète pas les erreurs du passé.