Par la rédaction de Kivu24
14 mars 2026 La province mozambicaine de Cabo Delgado, théâtre depuis 2017 d’une insurrection djihadiste affiliée à l’État islamique, pourrait voir son fragile retour à la stabilité menacé. Le gouvernement rwandais a lancé un avertissement clair: les récentes sanctions américaines visant la Rwanda Defence Force (RDF) risquent de provoquer un retrait des troupes rwandaises déployées sur place depuis 2021. Dans une publication sur X, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a relayé une analyse de Bloomberg soulignant les conséquences potentielles. Selon elle, un départ des forces rwandaises aurait des « ripple effects » (effets en cascade) directs sur la sécurité de la région et sur les méga-projets gaziers qui y sont implantés, évalués à plus de 20 milliards de dollars.Un déploiement salué… jusqu’aux sanctions. Depuis leur intervention en juillet 2021, les soldats rwandais ont joué un rôle décisif dans la reconquête de plusieurs districts clés (Palma, Mocímboa da Praia, etc.), permettant le retour de plus de 250,000 civils déplacés et la reprise progressive des activités économiques. Maputo et Kigali ont toujours présenté cette mission comme un acte de solidarité panafricaine, bien au-delà des financements européens limités (environ 20 millions d’euros, soit selon Kigali moins de 10 % du coût réel supporté par le Rwanda). Mais la donne a changé depuis le 2 mars 2026. Ce jour-là, le Trésor américain a inscrit la RDF elle-même, ainsi que quatre de ses hauts gradés sur la liste des sanctions liées au conflit dans l’est de la RDC. Washington accuse Kigali de « soutien opérationnel direct » au mouvement rebelle M23, en violation des accords de paix de Washington signés en 2025. Les sanctions gèlent les avoirs aux États-Unis et interdisent toute transaction avec des entités américaines.« Si notre contribution n’est pas appréciée… »Yolande Makolo n’a pas mâché ses mots: « Lorsque la RDF est traitée de cette façon, pénalisée à tort aussi bien au Mozambique qu’ailleurs elle réévaluera ses obligations. Et il y aura, sans surprise, des effets en cascade à Cabo Delgado. » Elle ajoute que les forces rwandaises ont « fait de leur mieux », mais que « si quelqu’un a des alternatives, elles pourront prendre la relève ». Derrière cette formulation diplomatique, beaucoup y voient une menace à peine voilée de retrait. D’autant que l’Union européenne, principal contributeur financier au déploiement rwandais au Mozambique, aurait déjà décidé de mettre fin à son soutien d’ici mai 2026, en lien avec les sanctions américaines. Les projets gaziers sous haute tension. Cabo Delgado abrite les immenses gisements gaziers d’Area 1 (TotalEnergies) et d’Area 4 (ExxonMobil, ENI, etc.). Après des années de retard dues à l’insécurité, ces projets cruciaux pour l’économie mozambicaine et pour l’approvisionnement mondial en GNL recommencent à peine à redémarrer. Un vide sécuritaire créé par un départ rwandais pourrait stopper net ces investissements, dans un contexte mondial déjà tendu par la guerre en Iran et la flambée des prix de l’énergie. Divisions régionales et internationales. Du côté de Kinshasa, on accuse le Rwanda de jouer un double jeu: stabilisateur au Mozambique, mais déstabilisateur en RDC orientale. Les partisans de Kigali rétorquent que la RDF paie un lourd tribut humain pour sécuriser des régions que d’autres (SADC incluse) n’ont pas su pacifier durablement. Pour l’heure, ni Maputo ni Washington n’ont réagi officiellement à la sortie de Yolande Makolo. Mais la question est désormais posée: jusqu’où iront les tensions autour des sanctions? Et qui, le cas échéant, pourra combler le vide laissé par un éventuel retrait rwandais à Cabo Delgado?
Kivu24 suit l’évolution de la situation.