Que se cache-t-il derrière la visite conjointe de Jacques Kongolo, chargé de mission présidentiel, et du général autoproclamé William Amuri Yakutumba, allié de Kinshasa, à Bibogobogo ?

Par Kivu24 Rédaction
Bibogobogo, 5 mai 2026.

Le gouvernement de Kinshasa maintient un blocus militaire sévère sur plusieurs zones peuplées par les Banyamulenge dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, par la FARDC, les milices Wazalendo et les forces de l’armée burundaise. Paradoxalement, ce même gouvernement dépêche aujourd’hui des émissaires pour « libérer » et pacifier ces populations sur leur propre terre en République démocratique du Congo.

C’est dans ce contexte contradictoire que s’est déroulée, ce lundi 4 mai 2026, la visite conjointe de Jacques Kongolo, chargé de mission du président Félix Tshisekedi, accompagné du général autoproclamé William Amuri Yakutumba, leader des Mai-Mai/CNPSC et allié de Kinshasa, dans la localité de Bibogobogo.

Une visite sous haute tension.

Bibogobogo, située dans les hauts plateaux, est une zone historiquement habitée par les Banyamulenge. La présence simultanée d’un munyamulenge représentant direct de la présidence et d’un chef milicien connu pour ses opérations répétées contre les positions et villages Banyamulenge a provoqué stupeur et colère chez de nombreux habitants. Des témoins et vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont montré des scènes tendues. Certains résidents ont courageusement exprimé leur refus de toute forme de soumission, réclamant le droit fondamental de vivre en paix et en sécurité sur leurs terres ancestrales, sans blocus ni intimidation. Les autorités ont présenté cette initiative comme un geste de paix et de réconciliation, assorti notamment d’offres symboliques de bétail.

Bombardements, blocus et crise humanitaire.

Cette visite intervient alors que les hauts plateaux de Minembwe, Fizi et Mwenga subissent depuis plusieurs mois des bombardements répétés par drones et artillerie lourde. Des villages majoritairement Banyamulenge ont été touchés, entraînant des pertes civiles, la destruction d’habitations et le pillage massif de bétail, principale source de subsistance de la communauté.

La coalition FARDC-Wazalendo-Forces burundaises maintient un encerclement qui limite considérablement l’accès humanitaire. Des sources locales font état de centaines de familles déplacées, de manque de médicaments et de vivres, dans ce qui est perçu par beaucoup comme une stratégie d’asphyxie délibérée.

Mobilisation de la diaspora.

Face à cette situation, l’organisation Mahoro Peace a organisé ces dernières semaines des marches pacifiques de grande ampleur. Le 20 avril 2026, plus de 4 000 personnes ont manifesté à Washington D.C., tandis que d’autres actions étaient menées à Nairobi. Les manifestants exigent la levée immédiate du blocus, la protection des civils et des enquêtes indépendantes sur les exactions commises.

Divisions au sein de la communauté.

Parallèlement, une délégation de certains Banyamulenge, dont des membres actifs de Banyamulenge Global Advocacy, a récemment rencontré le président burundais Evariste Ndayishimiye à Bujumbura. Ils ont remercié l’armée burundaise pour son rôle dans la région et contesté les accusations de ciblage systématique. Cette démarche a accentué les fractures internes au sein de la communauté, certains y voyant une tentative pragmatique de dialogue, d’autres une position inacceptable au regard des souffrances sur le terrain.

Kivu24 a contacté Salomon Gitambara, originaire de Minembwe, ingénieur en télécommunications et expert en cybersécurité. Il a collaboré avec plusieurs géants technologiques mondiaux, dont Google, avant de s’engager activement dans la défense des droits de sa communauté.

Que cache réellement cette stratégie?: Au-delà des discours officiels de paix, la visite conjointe de Jacques Kongolo et de William Amuri Yakutumba soulève de sérieuses questions sur les véritables intentions de Kinshasa. S’agit-il d’une véritable volonté de réconciliation ou d’une opération de communication destinée à masquer le maintien d’un blocus militaire tout en divisant davantage la communauté Banyamulenge?

Pour les observateurs locaux, une paix durable dans les hauts plateaux ne pourra être obtenue par des visites médiatisées et des gestes symboliques. Elle passe nécessairement par la levée effective du blocus, la fin des bombardements indiscriminés contre les civils, un accès humanitaire sans restriction, ainsi qu’un dialogue inclusif et sincère qui reconnaisse les droits légitimes des Banyamulenge en tant que citoyens congolais à part entière.

Kivu24 continuera de suivre cette situation avec attention. La population des hauts plateaux attend des actes concrets, bien plus que des paroles.

Source : Correspondants locaux, témoignages directs et entretiens – Kivu24.com

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