L’épidémie d’Ebola en RDC met à l’épreuve la coordination sanitaire dans l’Est, alors que l’EAC renforce la préparation régionale face aux maladies infectieuses à haut risque.
Une épidémie dans un contexte territorial fragmenté
La République démocratique du Congo fait face à une importante épidémie de maladie à virus Ebola due au virus Bundibugyo, déclarée le 15 mai 2026. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola enregistrée dans le pays.
À la mi-septembre, les données disponibles faisaient état de plusieurs milliers de cas confirmés et de plusieurs milliers de décès. L’Ituri demeure l’un des principaux foyers de transmission, tandis que de nouveaux cas ont également été signalés au Nord-Kivu et dans d’autres provinces.
L’épidémie évolue dans un contexte particulièrement complexe dans l’Est de la RDC. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu sont en partie contrôlés par l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dont le M23 constitue la principale composante armée, tandis que les autorités de Kinshasa contrôlent d’autres territoires.
Cette fragmentation administrative complique la coordination de la réponse sanitaire. Les patients, les commerçants et les transporteurs continuent de franchir les lignes de séparation entre les différentes zones, alors que les dispositifs sanitaires ne sont pas administrés par une seule autorité.
Des dispositifs sanitaires différents selon les territoires
Dans les zones contrôlées par Kinshasa, les autorités congolaises travaillent avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Africa CDC, Médecins Sans Frontières et d’autres partenaires pour renforcer les centres de traitement, la surveillance et le suivi des contacts.
Dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23, les autorités de fait ont également mis en place leur propre dispositif après l’apparition de cas à Goma et autour de Bukavu.
Ce dispositif comprenait notamment des points de contrôle, le dépistage, le suivi des contacts, des sites de quarantaine et des campagnes de sensibilisation.
Selon Reuters, quatre cas avaient été enregistrés dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 à la mi-juin. Trois patients avaient récupéré et un était décédé. Environ 400 contacts avaient alors été suivis.
Après une période de 21 jours sans nouveau cas local, l’AFC/M23 avait annoncé la fin de la première phase de l’épidémie dans les territoires sous son contrôle.
Cette accalmie locale n’a toutefois pas supprimé le risque de nouveaux cas. En septembre, un homme de 21 ans arrivé de Butembo, une zone contrôlée par le gouvernement congolais, a été détecté positif à un poste de contrôle de Kayna, près de Lubero. Le suivi des contacts a alors été relancé.
Cet épisode illustre les limites d’une réponse strictement territoriale alors que les déplacements de population se poursuivent entre les différentes zones.
L’EAC renforce la préparation régionale
Face au risque de propagation au-delà des frontières congolaises, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) renforce également ses capacités de préparation.
Avec le soutien de l’Allemagne, l’organisation réunit cette semaine à Nairobi 120 professionnels de santé issus de ses huit États partenaires pour une formation consacrée aux maladies infectieuses à haut risque, notamment Ebola.
L’EAC dispose également d’un réseau régional de laboratoires mobiles destiné à renforcer les capacités de détection et de réponse aux épidémies.
La RDC étant membre de l’EAC, l’épidémie constitue un enjeu pour l’ensemble de la région. Les échanges commerciaux et les déplacements entre la RDC et les pays voisins rendent notamment nécessaires le partage rapide des alertes sanitaires, la surveillance aux points de passage et la coopération entre les laboratoires.
Une réponse qui dépasse les frontières
L’évolution de l’épidémie montre ainsi que la réponse sanitaire ne peut pas uniquement dépendre des limites administratives ou politiques.
Le partage des données, le suivi des personnes exposées, l’accès aux zones affectées et la disponibilité des capacités de laboratoire figurent parmi les éléments importants pour limiter la transmission.
Alors que l’EAC poursuit ses efforts de préparation à Nairobi, la situation en RDC rappelle l’importance d’une coordination sanitaire capable de fonctionner malgré les divisions territoriales et les tensions politiques dans la région des Grands Lacs.
