Le Royaume-Uni engage pour la première fois des poursuites pour génocide des Tutsi. Vincent Bajinya, 65 ans, comparaît à Londres. Les survivants saluent cette décision et réclament des actions contre d’autres fugitifs.
Le Royaume-Uni a franchi une étape historique ce mardi 22 septembre 2026. Pour la première fois, un homme est poursuivi devant une juridiction britannique pour des faits liés au génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994.Dr Vincent Brown, anciennement connu sous le nom de Vincent Bajinya, 65 ans, a comparu ce mardi matin devant le Westminster Magistrates’ Court à Londres. Il est accusé d’une infraction de conduite accessoire au génocide et de six infractions de conduite accessoire à des meurtres constitutifs de crimes contre l’humanité.Selon le Crown Prosecution Service (CPS), Bajinya, alors chef du département de la Santé familiale au sein de l’Office national de la population (ONAPO) à Kigali, aurait dirigé et incité des actes de meurtre dans le quartier de Rugenge entre le 6 et le 13 avril 1994, dès les premiers jours du génocide. Les poursuites visent notamment six assassinats précis, dont celui d’une jeune mère et de son bébé.L’enquête, menée pendant sept ans par l’équipe Crimes de guerre de la Metropolitan Police, a été ouverte en 2019 à la demande du gouvernement rwandais. Bajinya, originaire de Kigali, avait quitté le Rwanda après 1994, obtenu l’asile au Royaume-Uni en 1998 et la nationalité britannique en 2004. Il avait alors changé de nom.Frank Ferguson, responsable de la division spéciale du CPS, a déclaré que les charges reposent sur un dossier d’éléments transmis par la police. « Il est allégué qu’il a dirigé et incité des actes de meurtre et de génocide commis par d’autres », a-t-il indiqué.Le dossier a été renvoyé à l’Old Bailey. Une audience est prévue le 9 octobre. Le juge a accepté une demande de liberté sous caution sous conditions.Cette décision a été saluée par des associations de survivants au Rwanda et dans la diaspora. Elles y voient un signal important : le Royaume-Uni n’est plus un refuge sûr pour les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide. Elles appellent désormais les autorités britanniques à accélérer les investigations contre d’autres suspects encore présents sur le territoire, dont plusieurs font déjà l’objet d’enquêtes.La police britannique a confirmé que six autres personnes restent sous investigation, dont deux déjà arrêtées ces dernières années.Pour les communautés de la région des Grands Lacs, cette affaire rappelle que la justice internationale, même tardive, reste un levier essentiel. Plus de trente-deux ans après les massacres qui ont fait environ 800 000 morts en cent jours, de nombreux auteurs présumés n’ont toujours pas comparu devant un tribunal. L’ouverture de ce dossier à Londres ravive l’espoir que d’autres fugitifs, où qu’ils se trouvent, devront un jour répondre de leurs actes.