Depuis le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale, Emmanuel Macron a tenu des propos sans détour ce lundi 9 mars 2026: la « phase intense » du conflit opposant Israël (soutenu par les États-Unis) à l’Iran et ses alliés régionaux risque de durer « des jours, voire des semaines ». Une évidence pour beaucoup, mais qui pose une question plus profonde: peut-on vraiment faire tomber un régime par la seule force des bombes? Corps de l’article: Le président français s’est exprimé à bord du fleuron de la marine nationale, le Charles de Gaulle, déployé en urgence dans la région après le déclenchement des frappes israélo-américaines contre l’Iran fin février 2026. Macron a insisté sur la posture « purement défensive » de la France: protection des alliés, sécurisation des routes maritimes (notamment le détroit d’Ormuz), et soutien logistique face aux drones et missiles iraniens qui visent désormais Chypre, le Liban ou d’autres pays du Golfe. Mais derrière les images de Rafale sur le pont d’envol et les déclarations mesurées, une réalité s’impose: ce conflit s’enlise déjà. Les frappes massives israéliennes contre les infrastructures iraniennes, combinées aux ripostes de Téhéran et aux actions du Hezbollah au Liban, ont transformé une opération « ciblée » en guerre régionale ouverte. Et l’histoire récente nous rappelle une vérité cruelle: on ne change pas un régime par des bombardements seuls. L’Irak en 2003, la Libye en 2011, l’Afghanistan pendant vingt ans… Les grandes puissances ont cru pouvoir imposer un changement de pouvoir par la supériorité aérienne. À chaque fois, le résultat a été le même: effondrement temporaire de l’État central, vide sécuritaire, montée des milices, chaos durable et retour en force des acteurs que l’on voulait justement éliminer. L’Iran d’aujourd’hui, avec son territoire vaste, sa population de plus de 85 millions d’habitants, son industrie militaire autonome et son réseau d’alliés (Hezbollah, Houthis, milices irakiennes et syriennes), ne ressemble en rien à ces précédents. Les bombardements peuvent détruire des sites nucléaires, des usines de drones ou des dépôts de missiles, mais ils ne font pas disparaître une idéologie ni un appareil étatique profondément enraciné. Pire: ils renforcent souvent la cohésion nationale autour du pouvoir en place. À Téhéran, la désignation rapide du fils de Khamenei comme nouveau Guide suprême montre que le régime cherche à verrouiller sa succession en pleine guerre, et non à céder. Les frappes extérieures deviennent alors un argument de légitimité: « Voyez, l’ennemi sioniste et impérialiste veut nous détruire ». Et pendant ce temps, le Liban paie le prix le plus lourd. Le Hezbollah, affaibli mais loin d’être anéanti par les campagnes israéliennes de 2024 et 2026, continue de tirer des roquettes et d’encaisser des raids d’une violence inouïe sur Beyrouth-Sud et la Bekaa. Le pays, déjà exsangue économiquement depuis 2019, se retrouve une fois de plus otage d’un conflit qui le dépasse. Le président libanais Joseph Aoun accuse ouvertement le Hezbollah de « provoquer la fin du Liban pour le compte de l’Iran ». Mais les frappes israéliennes indiscriminées, qui touchent civils et infrastructures, ne font qu’alimenter le ressentiment et la radicalisation. La France, par la voix de Macron, appelle au respect de l’intégrité territoriale libanaise et promet une aide. Mais les mots ne suffisent pas. Le déploiement naval français vise avant tout à protéger les intérêts européens (pétrole, gaz, commerce maritime) et à éviter un embrasement qui toucherait directement l’Europe via les flux migratoires ou les attentats. Le Liban, lui, a besoin d’autre chose: d’une vraie pression diplomatique pour un cessez-le-feu, d’une aide humanitaire massive et d’un plan de reconstruction qui ne passe pas uniquement par des donateurs occidentaux qui imposent leurs conditions.
En conclusion :
Cette guerre risque de durer bien plus que « des semaines ». Elle pourrait s’étendre sur des mois, voire des années, sous forme de bombardements sporadiques, de cyber-attaques, de proxies et de blocus maritime. Tant que les grandes puissances miseront sur la force brute plutôt que sur une vraie négociation régionale incluant toutes les parties (y compris l’Iran), le cycle de violence continuera. Et ce sont toujours les populations civiles à Téhéran, à Beyrouth, à Tel-Aviv ou ailleurs qui en paieront le prix le plus lourd. Pour l’Afrique et le reste du Sud global, la leçon est claire : les interventions militaires extérieures vendues comme « libération » finissent trop souvent en occupations interminables et en nouveaux foyers d’instabilité. Le Moyen-Orient nous le rappelle, encore une fois.
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